Aventure humanitaire dans les Pangalanes

Le canal des Pangalanes, un des joyaux de Madagascar, a été créé du temps des Français pour servir de moyen de communication le long de la côte orientale. Aujourd’hui, c’est une destination privilégiée par des touristes qui viennent y chercher aventure, exotisme et sérénité. Cependant, ce canal est toujours l’unique moyen de transport pour de nombreux villages totalement isolés, sans aucun médecin et éparpillés le long des 700 km de canaux et de lacs. En novembre 2013, une équipe de bénévoles se rend en pirogue dans un de ces villages pour venir en aide et soigner la population.

Par Paul Correia

En sautant du minibus où nous nous étions entassés, nous sommes saisis par le calme, la moiteur et des odeurs de plantes tropicales. À partir d’ici, plus aucune piste n’existe. Nous voici arrivés au terme de notre parcours terrestre et c’est en bateau qu’il nous faut maintenant poursuivre vers le nord. Au bord de la rive du canal des Pangalanes, par vingt centimètres d’eau, nous découvrons notre pirogue à moteur maintenue par deux piroguiers. Un camion chargé de matériel pour l’assistance médicale et logistique arrive peu après.

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C’est les pieds dans la vase que toute l’équipe procède à l’embarquement de tout ce qui sera nécessaire pour nos trois jours de mission en brousse.

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Abrités du soleil tropical sous le toit de notre pirogue glissant sur l’eau verdâtre, plus de cinq heures nous seront nécessaires pour rejoindre le village d’Ambohitsara, notre destination. Cinq heures de découvertes et d’émerveillement où nous observons la vie simple et tranquille le long du canal. Bercés par le ronron du moteur, nous admirons fascinés les petits hameaux qui jalonnent notre parcours. Il ne faut cependant pas se méprendre ; la vie y est rude, sans électricité ni eau courante. L’eau saumâtre du canal sert à la plupart des besoins. Parfois, un puits fournit une eau de meilleure qualité. Dans ces petits villages accessibles seulement par bateau, où peu de visiteurs s’aventurent, il n’y a ni installations sanitaires, ni médecin et très peu d’infrastructures de santé.

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Arrivés à destination, à peine débarqués, des enfants se sont déjà donné le mot pour nous accueillir. Dans la cour de l’école qui reçoit la mission humanitaire, l’équipe médicale improvise aussitôt des jeux captivants des enfants peu habitués à ce genre rassemblement.

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Malgré la chaleur qui règne, toute l’équipe s’affaire à la mise en place pour les consultations du lendemain. Deux salles de classe se transforment rapidement en salles médicales. Françoise, infirmière et sportive aguerrie pour avoir été championne de France de 24 heures de course à pied, se lance dans un acrobatique exercice d’installation de rideaux.

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Le lendemain matin, en arrivant de bonne heure dans la cour de l’école, déjà une importante foule attend patiemment. La procédure est simple : chaque arrivant dépose un petit carnet qui tient lieu de carnet de santé au-dessus d’une pile de carnets et va s’assoir. Les patients seront ensuite appelés par ordre d’arrivée. Certains attendront jusqu’au soir ou reviendront le lendemain. Lors de mon arrivée, je n’ai pas spécialement prêté attention aux deux personnages assis tenant un bâton. J’apprendrai par la suite qu’ils ont une importance capitale pour la mission.

La mission humanitaire organisée par Fanatenane, une ONG franco-malgache, a pour but de venir en aide et de soigner la population d’un des principaux villages enclavés accessibles seulement par bateau. Un autre objectif de la mission est de sensibiliser la population sur une pratique ancestrale incroyable : celle des jumeaux maudits. Dans cette région de Madagascar, des clans de l’ethnie Antambahoaka rejettent les jumeaux, les considérant comme tabou et porteur de malheurs. Ces jumeaux exclus par la communauté sont abandonnés par leur famille à la naissance et voués à une mort certaine.

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Le discours de sensibilisation sur le problème des jumeaux prononcé par les dirigeants de Fanatenane est écouté avec attention par la population et par les Rois coutumiers. Ceux-ci venus à deux, alors que la commune en compte douze, sont reconnaissables à leur bâton et à ce qu’ils se tiennent toujours à l’écart de la foule.

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Sitôt le discours terminé, l’équipe de bénévoles est mise à rude contribution. La salle se remplit rapidement. Un enfant brulant de fièvre est allongé alors que sa mère attend à ses côtés. Une autre femme assise écoute les conseils de Martine, docteur-urgentiste. D’autres patients sont reçus dans des boxes de consultations, séparées seulement par de légers rideaux.

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Mikela annonce « deux lignes rouges ». Le test diagnostique rapide du paludisme est positif. Sans surprise, l’enfant assis à ses côtés est atteint de paludisme comme une bonne partie de la population ici. Le test n’est qu’une confirmation : la quasi-totalité des personnes venues bouillant de fièvre en est atteinte.

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Déborah, jeune infirmière, soigne avec application le pied d’une femme infecté après avoir marché sur un cactus. Étonnamment, la patiente ne s’est jamais aperçue avoir marché sur un cactus. Déborah et son amie Mikela venues en vacances à Madagascar ont rencontré par hasard Gérard, le fondateur et président de l’ONG Fanatenane. Par cette simple phrase, « Vous êtes infirmières ? Mais on a absolument besoin de vous ici », il les a vite convaincues des besoins en personnel médical pour des missions humanitaires en brousse.

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C’est avec beaucoup de patience que Mike et Gogo s’affairent à réparer un pèse-personne. Mike et Gogo, jumeaux, ont été épargnés de la mort à leur naissance grâce à des parents suffisamment instruits qui ont su faire fi des traditions ancestrales. Aujourd’hui, ils se battent en dirigeant l’ONG Fanatenane et en sensibilisant la population au problème des jumeaux. L’ONG recueille également et élève les jumeaux abandonnés par leur famille.

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Les dentistes venus soigner la population n’ont pas d’autres choix que d’extraire un maximum de dents dans la journée. En une seule journée, ils arracheront plus de dents que durant toute une année dans leur cabinet. Certains patients n’ont jamais vu de dentiste de leur vie et demandent qu’on leur retire jusqu’à 17 dents. Ce qu’a refusé de faire Justin, un des dentistes de la mission. Le record sera tout de même de 12 dents extraites pour une seule personne.

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Après deux jours de soins intensifs, la mission médicale est maintenant achevée. Heureuse, fatiguée et contrariée de n’avoir pas pu faire plus, toute l’équipe se dépêche de regagner le bateau. Le retour à Mananjary est encore long et il nous faut arriver avant la nuit. Une partie des villageois sont venus nous dire au revoir. Cette main tendue à une population attachante a été un moment fort et émouvant. « À bientôt et revenez-nous vite ! », nous dit une femme.

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Lentement, le bateau quitte la rive. Les enfants du village sont venus se baigner autour de notre pirogue. Cathy, l’une des dentistes, me dit « Tu avais raison ! J’ai vu des choses incroyables, des choses qu’aucun touriste ne voit jamais ». À son arrivée, Cathy m’avait confié, inquiète, « je crois que nous ne verrons rien de Madagascar durant notre séjour ». Je lui avais répondu « détrompe-toi ! Tu verras le vrai Mada… »

Le bateau reprend sa course le long du canal. Tout le monde s’assoupit, fier, heureux et riche d’avoir participé à ce moment qui restera gravé à tout jamais dans le cœur et la mémoire d’un village.

Paul Correia

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