Madagascar: Avenir radieux (reportage photo)

Portrait 1024Parler d’avenir radieux semble insolite et plutôt décalé pour un pays où l’avenir est un des plus sombres de la planète. C’est pourtant ce que j’ai voulu montrer dans ce reportage sur la population de Madagascar où, malgré la pauvreté endémique, malgré un gouvernement qui ne cesse de spolier ceux qu’il est censé protéger, malgré tout cela, des gens vivent, se battent et croient encore en leur avenir. Parfois, des associations humanitaires sont là pour leur ouvrir des horizons inespérés. Mais, comment vit cette population au jour le jour et qu’apportent réellement ces associations au peuple malgache ?

Par Paul Correia


Lorsque l’on parle de Madagascar, deux facettes s’opposent. L’on pense d’une part à l’ile Rouge avec ses paysages paradisiaques, sa faune hors du commun et à la gentillesse de ses habitants ; d’autre part, l’on pense à la pauvreté, la corruption et la prostitution. Entre ces deux images opposées, il n’est pas facile de se faire une idée précise de Madagascar. Il en va de même pour les ONG de ce pays où elles servent généralement à pallier les faiblesses de l’État.

Madagascar, pays oublié où les dirigeants ont renoncé à s’occuper de leur pays et de leur peuple pour ne s’occuper que de leurs affaires personnelles. Pays oublié par la communauté internationale, qui fait l’actualité le temps d’un fait-divers puis retombe vite dans l’oubli médiatique. Ce pays où certains se pavanent dans de somptueux 4×4 derniers cris, pendant que d’autres tirent pieds nus leur misérable carriole moyenâgeuse. Madagascar, où certains dilapident les biens du pays pendant que d’autres essaient péniblement de subsister.

Un Malgache, un jour m’a dit « c’est sans doute parce que nous, les Malgaches, sommes trop gentilles que ce pays va si mal ! ». Je pense qu’il avait peut-être bien raison. Ce peuple ne se plaint pas. Il est toujours souriant et surtout ne se révolte que rarement. Un peuple silencieux rempli de croyances. Chaque région, chaque village, chaque quartier, chaque famille ont leurs propres croyances, rites et superstitions qui changent au fil du temps. Lorsqu’un jour, aucun signe ne vient prédire un évènement fâcheux immédiat, l’on n’a alors aucune raison de se plaindre. L’avenir est radieux.

Et les ONG dans tout cela ? Devant l’ampleur des tâches à accomplir, elles font ce qu’elles peuvent. Ne pouvant pas tout résoudre, elles ont établi des critères de sélection avec des quotas. Cela va de la situation familiale, de la zone géographique, de l’état d’urgence, jusqu’à la détermination de l’individu à vouloir s’en sortir. Celui-ci doit prouver sa bonne volonté. L’enfant scolarisé ou aidé par l’ONG doit obtenir de bons résultats. S’il ne travaille pas en classe, il sera remplacé par un autre qui attend. Et la liste est généralement longue. Il y a parfois quelques effets pervers qui font que le gouvernement s’est défaussé de tout un pan de ses responsabilités. Pour l’Administration, c’est aux ONG de s’occuper de la misère, s’attribuant des missions bien plus nobles, ce qui ne l’empêche pas de mettre des bâtons dans les roues des ONG pour essayer de grappiller quelque chose au passage. En fait, le gouvernement ne s’occupe pas vraiment de grand-chose. Les voies de communication se dégradent d’année en année. Les fonctionnaires sont de plus en plus mal payés, quand ils sont payés, ce qui ne peut que favoriser le cercle vicieux de la corruption. Les écoles et les hôpitaux sont dans un état lamentable. L’on pourrait ainsi continuer longtemps la liste des doléances.

L’objectif de ce reportage photo est de lever un peu le voile sur le quotidien des Malgaches les plus pauvres — plus de neuf Malgaches sur dix vivent sous le seuil de pauvreté — et de montrer également que le chemin vers un avenir radieux n’est finalement pas si loin que ça. La misère est tel qu’il suffit parfois d’une centaine d’euros pour changer la vie d’une famille. Ce reportage montre que des personnes s’investissent pour venir en aide à une population défavorisée et que des actions sont menées avec des résultats éloquents, même si rien n’est jamais vraiment parfait.

Lorsque j’ai décidé de faire ce reportage, un de mes objectifs était de me forger ma propre opinion, d’aller voir comment cette population vit et comment ces associations effectuent leur travail humanitaire dans ce pays dépossédé de tout. Je voulais savoir s’il n’y avait pas deux populations défavorisées : celle qui bénéficie de l’aide des ONG qui se substituent aux devoirs de l’État et une population qui en est exclue. Je voulais essayer de comprendre comment ce paradis où tout pousse, que l’on appelait naguère la perle de l’Océan Indien est devenu un des pays les plus pauvres de la planète. Il me fallait donc rester suffisamment longtemps au contact de la population. Trois mois durant, j’ai donc parcouru Madagascar au sein de différentes associations humanitaires sélectionnées pour leurs actions et leur originalité, essayant de lever peu à peu le voile sur un pays aux contrastes saisissants et de bâtir petit à petit mon opinion.

La première ONG qui m’a accueilli est Fitiavana à Tamatave sur la côte Est de Madagascar. Fitiavana dont le but est de subvenir aux besoins d’enfants défavorisés, a pour vocation d’aider les enfants pour la nourriture, la scolarisation, la santé et parfois d’aider leur famille. L’action de cette ONG est assez remarquable en raison de sa structure et de son fonctionnement. Cependant, rien n’est jamais vraiment acquis ; il s’agit d’un éternel combat pour trouver de nouveaux parrains et de nouveaux fonds.

La deuxième ONG est Fanatenane, « espoir » en malgache, situé à Mananjary toujours sur la côte Est. Fanatenane est une ONG qui a pour but de venir au secours des jumeaux rejetés par leur famille pour des raisons de croyances ancestrales. L’action de Fanatenane est d’une part de recueillir les bébés jumeaux voués à une mort certaine et d’autre part de sensibiliser la population dans l’espoir qu’ils délaissent ces pratiques barbares. Pour cela, l’ONG organise des missions médicales en brousse pour venir en aide aux habitants et ainsi les sensibiliser.

La troisième à m’avoir accueilli est Domino, dans la banlieue d’Antananarivo. Dominique, petit bout de femme dynamique, a créé une école pour les enfants défavorisés. Domino s’est uni avec l’association Sekool qui a bâti les locaux de l’école et participe au financement. Une des originalités de cette école qui accueille environ 200 enfants âgés de 3 à 16 ans, est que, l’après-midi, le temps d’étude est dédié à des activités artistiques et sportives. Elle offre ainsi la possibilité aux enfants de s’exprimer par le biais de ces activités.

Et enfin, la quatrième ONG est l’ASA, une association tout à fait originale par ses objectifs et son fonctionnement. Le but principal de l’ASA est de recueillir des couples démunis vivant avec des enfants dans les rues de la capitale. Chaque année, vingt familles défavorisées, après avoir été soigneusement sélectionnées et motivées sont réinsérées, instruites et préparés à une nouvelle vie. Au bout de deux années de réinsertion et de formation aux travaux agricoles, ces vingt familles vont ensemble fonder un village en brousse. Chaque année, en septembre, un nouveau village est ainsi entièrement créé. Il en existe aujourd’hui dix-sept dans la région de Bongolava.

Toutes les ONG que j’ai pu visiter font un travail remarquable en s’investissant totalement dans leurs actions. Il s’agit cependant de celles qui ont bien voulu me recevoir et me laisser fouiner, alors que d’autres voulaient organiser ma visite de A à Z, me laissant voir uniquement ce qu’elles voulaient bien. D’autres n’ont même pas daigné répondre à ma demande.

 

Les yeux tournés vers l’avenir

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Tamatave – ONG Fitiavana

Mémé Jonah vit seule avec sa mère de 96 ans et ses deux petits-enfants que sa fille a abandonnés. La vie est de plus en plus difficile à Madagascar et elle a bien du mal à entretenir toute cette famille. Femme énergique et déterminée qui sait bien ce qu’elle veut, à 66 ans elle rêve d’ouvrir un petit commerce de vente de riz et de légumes secs. Un jour, son vœu se réalise. Fitiavana subventionne l’achat du stock de base et d’une balance. Avec à peine une centaine d’euros, Mémé Jonah a aujourd’hui démarré son activité et peut ainsi subvenir aux besoins de sa famille. Elle entrevoit enfin, me dit-elle les yeux tournés vers l’avenir, d’élever convenablement ses deux petits-enfants.

 

Bidon, traineau et bout d’ficelle

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Nous sommes dans un des quartiers pauvres de Tamatave. Un raclement d’objet que l’on traine sur la terre. Je me retourne ; un enfant me sourit et me dit quelque chose que je ne comprends pas. Il promène son petit frère qu’il a installé dans un vieux bidon découpé. Une ficelle, un bâton et il s’est fabriqué un traineau. Ici, pendant que les parents travaillent, les enfants sont livrés à eux-mêmes, souvent contraints de garder leurs petits frères et sœurs. Ils s’inventent alors des jeux avec ce qu’ils trouvent.

 

Avenir radieux

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Tamatave – ONG Fitiavana

Elle vit dans cette petite case avec toute sa famille. Quelques rideaux font office de séparation entre les lits. Ici, lorsque l’on est né dans une case en canisse, sans eau ni électricité, on a peu de chances d’aller à l’école et encore moins de poursuivre des études secondaires. « Quand on est née pauvre, on reste pauvre, me dit-elle ». Grâce à Fitiavana, l’ONG qui la parraine, cette jeune fille peut poursuivre ses études secondaires. Un avenir radieux s’offre à elle ; avenir que beaucoup de jeunes filles malgaches, obligées de tomber dans la prostitution, lui envient – dans la capitale, plus de 90 % des prostitués sont mineurs.

 

Goute mon poisson

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Canal de Pangalanes, Ambohitsara

Pas besoin de connaitre l’endroit. Une agréable odeur de poisson frit vous attire immanquablement à une minuscule case. « Goute le poisson ; pêché ce matin », m’invite gentiment un sympathique couple avec de larges sourires. Il n’y a guère de choix dans ce petit bouiboui, mais pour seulement quelques centimes d’euro, l’on peut se rassasier à toute heure de poissons frais.

 

Rois coutumiers

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Canal de Pangalanes, Ambohitsara — ONG Fanatenane, mission médicale en brousse

Dans cette région de Madagascar, des clans de certaines ethnies rejettent les jumeaux, les considérant comme tabou et porteur de malheurs. Ces jumeaux exclus par la communauté sont abandonnés par leur famille à la naissance et voués à une mort certaine.

Le discours de sensibilisation sur le problème des jumeaux prononcé par les dirigeants de l’ONG Fanatenane est écouté ici avec attention par la population et par les Rois coutumiers. Ceux-ci, venus à deux, alors que la commune d’Ambohitsara en compte douze, sont reconnaissables à leur bâton et à ce qu’ils se tiennent toujours bien à l’écart de la foule.

Le matin en arrivant dans la cour de l’école, transformée pour la mission en service médical, je n’avais pas remarqué ces deux personnages avec un bâton assis par terre, à l’écart de la foule qui attendait déjà. Ils sont en fait d’authentiques souverains auxquels la tribu doit faire allégeance. Chacun des Rois dirige une tribu, pouvant compter de quelques dizaines à quelques centaines d’individus.

 

Les jeux sont faits

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Un brouhaha dans une rue de Mananjary attire mon attention. Il s’agit d’un casino de rue. Tout le monde est totalement accaparé par le jeu. Personne ne fait attention à moi. Le croupier crie quelque chose et tout le monde arrête aussitôt les paris. Le principe est simple, vous misez en déposant un billet sur une des six cases. Au préalable, le croupier avait mélangé et jeté les dès qu’il maintient soigneusement caché par la boite en fer-blanc retournée. Il soulève la boite. Si au moins un des trois dès est identique au numéro parié : Bingo ! Vous remportez deux fois la mise. Un rapide calcul des probabilités montre cependant que c’est bien sûr le croupier qui a le plus de chance de gagner.

 

Dix mille francs le chapeau

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Canal de Pangalanes, Ambohitsara

Assis au milieu du village, ce vieil homme confectionne impassiblement un chapeau entièrement tressé à la main avec des feuilles de palmiers. Près d’une journée de travail sera nécessaire. « Combien le chapeau ? », je demande. « Dix mille francs le chapeau », me répond-il tout en me dévisageant avec un petit air malicieux. Ici, le franc malgache est toujours employé pour annoncer le prix. Ce qui nous fait deux mille ariarys, soit dans les 0,65 euro.

Derrière lui, un enfant, dans un rythme régulier de percussions, broie du manioc qui, avec le riz, est un des principaux aliments en brousse. Ici, que ce soit pour sa famille ou pour les autres, il existe des centaines de petits travaux qu’il suffit à chacun de choisir selon ses envies et ses capacités. La plupart des villageois sont agriculteurs. Ils possèdent également plusieurs autres métiers selon la saison ou la demande. Le chômage est un concept étrange qu’ils ont du mal à saisir, « inventé, disent-ils, par les pays dits développés ».

 

L’attente

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Région de Mananjary — ONG Fanatenane, mission médicale en brousse

Certains sont venus de très loin, se sont levés à trois heures du matin. Ils ont mis leurs plus beaux habits. Ils ont attendu toute la journée sous un soleil cuisant. Les bavardages incessants se sont petit à petit tus à mesure que le soleil déclinait. Certains repartiront ce soir sans avoir vu un médecin. Ils ne verront pas de médecin cette année. Peut-être l’année prochaine, s’ils ont plus de chance. S’ils sont toujours en vie. Ils s’en iront sans rien dire. Les Malgaches ne se plaignent que rarement.

Les missions médicales en brousse organisées par Fanatenane ne peuvent pas répondre à toutes les demandes. Aujourd’hui, les dentistes n’ont plus d’anesthésiant et sont obligés d’arrêter leurs extractions. Les médecins arrêteront peu après. Il se fait tard ; il faut encore ranger tout le matériel et reprendre la route. Ce que l’équipe a fait aujourd’hui est énorme ; ils repartiront cependant frustrés de n’avoir pas pu faire plus et de n’avoir pas pu voir tout le monde.

 

Le carrosse

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Un couinement de roues se fait entendre. Un carrosse monte péniblement le faux plat sous un soleil au zénith. Ici, on appelle « carrosse » ces charriots uniquement fabriqués avec de la récup. Tous les jours, des quantités incroyables de marchandises sont transportées au moyen de ces véhicules à traction humaine. L’énergie humaine est sans doute la première des énergies produites à Madagascar. Les zébus sont hors de prix et acheter un véhicule à moteur, même âgé de plus de 40 ans est un rêve impossible pour une majorité de Malgaches. De toute façon, ils n’auraient pas l’argent pour l’essence.

 

Dansons sous le préau

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Banlieue d’Antananarivo, Fitroafana — ONG Domino

À Madagascar, les orages tropicaux sont fréquents. L’après-midi, c’est parfois sous le crépitement d’une violente pluie que l’on entend le tamtam résonner dans la cour de cette école. Ici, toutes les après-midis, sont dédiées à des activités artistiques et sportives. L’école offre ainsi la possibilité aux enfants de s’exprimer par le biais de ces activités.

Les enfants sont ici en pleine répétition d’un spectacle de danse pour les fêtes de fin d’année scolaire. Ces spectacles organisés pour des associations locales ou des organismes gouvernementaux sont généralement rémunérés. Dominique, qui a créé l’école Domino dans la banlieue de Tananarive pour les enfants défavorisés, me dit « mon but et de subventionner l’école par ces activités artistiques et devenir ainsi pratiquement autonome ». Elle pourrait ainsi montrer le chemin à d’autres et reproduire ce schéma ailleurs.

 

Affermir sa personnalité

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Banlieue d’Antananarivo, Fitroafana — ONG Domino, cours d’art plastique

Dans cette école, les enfants sont initiés dès leur plus jeune âge aux arts. Ils apprennent ainsi à se révéler au travers de divers arts comme le dessin, la danse ou la musique. Ici, contrairement aux méthodes classiques, les professeurs d’art évitent de formater les enfants. « On les encourage à s’exprimer et affermir ainsi leur personnalité artistique », me dit Mitsa, le professeur d’arts plastiques.

 

Silence on tourne !

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Banlieue d’Antananarivo, Fitroafana — ONG Domino

Les élèves de l’école Domino réalisent un court-métrage fiction sur la vie dans leur quartier. L’intrigue est une histoire de vol où, devant la totale passivité des autorités, tous les enfants du quartier s’unissent pour arrêter et punir les voleurs. En quelque sorte, une caricature de la réalité que les enfants ont parfaitement saisie et retranscrite.

Les enfants sont impliqués dans tous les aspects de la réalisation du film depuis le scénario, l’écriture du script, le tournage, les voix off, le générique… La réalisation est sous la supervision de François et d’Angelo qui sont là pour initier les enfants à cet art et les guider.

 

La chorale

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En entendant des chants monter de cette église que je croyais désaffectée, j’ai poussé la porte branlante. J’ai eu la surprise de trouver cette chorale en pleine répétition. La toiture menace de s’effondrer et fuit de tous côtés, cependant cette église est toujours en activité. Elle est à l’image du pays, tout se détériore inexorablement et la vie continue quoi qu’il arrive.

À Madagascar, ce sont souvent des congrégations religieuses étrangères qui bâtissent et entretiennent les bâtiments religieux avec également des sectes qui commencent à s’implanter un peu partout.

 

Petits-enfants de pionniers

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Région de Bongolava — ONG ASA, 1e Promo

Ils sont le reflet d’une réussite qui dur depuis vingt ans. Ces enfants qui m’assaillent de cris en me demandant de les prendre en photo sont les petits-enfants de pionniers venus, les tout premiers, habiter d’étonnants villages hors du commun. Il y a une vingtaine d’années, alors que leurs grands-parents mendiaient dans les rues de Tananarive, une ONG a créé un centre de formation rural pour réinsérer par le travail les familles sans-abri. Ensemble, ils ont fondé de nouveaux villages ruraux dans la brousse. Ces anciens « sans domicile fixe » aujourd’hui propriétaires de leur terre et de leur maison, sont autonomes et vivent heureux et dignement.

 

Première école

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Région d’Alamanga — ONG ASA, CASA1

C’est dans les bâtiments du CASA1 de l’ASA, pas très loin de la capitale, que les rescapés des rues sont réinsérés et formés la première année. Ici, les cours d’alphabétisation enseignés par Jérôme sont le premier pas dans leur réinsertion. La plupart d’entre d’eux ne sont jamais allés à l’école et ne savent ni lire, ni écrire, ni même compter. Ils ont pour la plupart la trentaine ou un peu moins et c’est la première fois de leur vie qu’ils sont assis, un cahier devant eux avec un professeur qui s’adresse à eux. Pour certains, ayant vécu de longues années dans la rue, c’est tout un univers à apprendre avec des règles à respecter. « Une très faible minorité ne supporte pas ces contraintes, me dit Jérôme. Ils choisiront malgré tout de retourner vivre dans la rue ».

 

« Les pistes sont dangereuses »

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Région de Bongolava — ONG ASA, Centre administratif

Ce matin, le chef de la sécurité routière de l’ASA nous déconseille formellement de prendre la route. « Il a plu toute la nuit et les pistes pour aller dans les villages du Nord sont glissantes et très dangereuses, nous affirme-t-il ». Il nous faudra attendre le milieu de la matinée que le soleil brulant de cette fin de printemps assèche la roche et les pistes boueuses.

 

À bicyclette

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Région de Bongolava — ONG ASA

Des habitants de l’ASA se rendent à bicyclette dans leur village du Nord. Il leur faudra plusieurs heures s’ils veulent rejoindre le village le plus éloigné de l’ASA avec la nuit qui, sous les tropiques, tombe comme un rideau. Ici, comme partout à Madagascar où il n’y a pas de taxi-brousse, la bicyclette est le moyen de déplacement le plus utilisé et souvent indispensable.

À Madagascar, l’on mesure les distances non pas en kilomètres, mais en temps. Tout dépendra de l’état de la route ou de la piste et du moyen de locomotion pouvant y circuler. Il nous est arrivé de rouler toute une journée en 4×4 pour parcourir moins d’une centaine de kilomètres.

 

Ruée vers l’or

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Miandrivazo est la ville la plus chaude de Madagascar. Pas très loin de là, sous un soleil écrasant, presque à la verticale d’eux, des chercheurs d’or réduisent en poudre cette roche friable à grands coups de bâton. Le sous-sol de Madagascar est très riche, ce qui fait accourir de toute la région, et de plus loin encore, une population très pauvre sitôt que des bruits se répandent.

En une journée, ils arriveront à extraire quelques minuscules paillettes d’or qu’ils revendent une bouchée de pain à de riches négociants. Malgré tout cela, l’exploitation se fait dans la bonne humeur, des enfants se baignent dans la rivière, une femme lave son linge, ça parle, ça rit parfois. J’imagine qu’ils gardent secrètement l’espoir de découvrir « la pépite ».

 

Passé glorieux

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Par marée basse, ils cassent, cassent, à grands coups de masse, le béton d’une ancienne jetée pour récupérer la ferraille qu’ils revendront quelques centimes le kilo. Pieds nus dans les gravats tranchants, ils doivent se dépêcher avant la marée. De toute façon, ils reviendront demain finir le travail. Les Malgaches ne manquent pas de courage et d’inventivité pour survivre, souvent au mépris de toute règle de sécurité.

Cette image est pour moi le symbole d’un pays où, pour survivre, l’on casse les vestiges d’un passé fameux.

 

Horizons lointains

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Je me suis souvent demandé pourquoi les enfants, de ce côté de Madagascar, le long du canal du Mozambique, passaient de longs moments à regarder la mer. Pourquoi restaient-ils ainsi les yeux fixés vers l’horizon ? Peut-être leur a-t-on dit « de l’autre côté il y a une terre où l’on vit heureux. Une terre où l’avenir est radieux ». Un jour, peut-être, un grand homme, un visionnaire, se lèvera pour leur apporter ce dont ils rêvent. Ils connaitront alors, ici chez eux, cet avenir radieux.

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