8. Samarkand

Turquie, Anamur – N36 04.839 E32 53.482
6 janvier 2011, 13:12:29

 

 

La plage était calme et se dorait tranquillement au soleil, bien gardée à l’est par le vieux château perché sur son rocher dominant la baie et de l’autre coté par la grande lagune du Dragon où vivaient une multitude de plantes et d’oiseaux aquatiques. Par delà la lagune, l’on pouvait apercevoir les grandes forêts de bananiers.

« Bonjour les enfants, fit poliment le joli petit camion jaune sur la plage, haut perché sur ses grandes roues.

– Bonjour joli petit camion jaune, firent les cinq enfants un peu surpris.

– Je m’appelle Samarkand et je suis un Saviem TP3, dit fièrement le joli petit camion jaune en se haussant un peu plus sur ses grandes roues. Je suis né en 1970 en France. Mon maître s’appelle Serge, mais ici, les Turcs l’appellent Serguè. D’ailleurs, il est costaud comme un Turc, il arrive à me piloter facilement alors que je n’ai même pas de direction assistée ! Mais, par mes moyeux, que faites-vous là mes enfants sur cette plage ?

– On cherche notre papi et mamie qui étaient ici y’a pas longtemps, dit Joao.

– Ils sont venus de France dans un fourgon gris, ajouta Océane.

– Ah, oui, je me souviens bien de ce petit jeunot de fourgon Burstner, un Ducato 120 chevaux, modèle 2009. Casita, qu’il s’appelait le gamin. Oui, c’est ça. Il faisait le fier avec sa direction assistée, son ABS, ses air-bags et tout le tintouin. Ces jeunes ne respectent plus rien. Même pas les Anciens. De mon temps, ce n’était pas comme ça, soupira Samarkand avec nostalgie. Ah, oui ! Mais revenons à nos boulons. Vous voulez retrouver votre mamie et votre papi. C’est bien ça ?

– Oui, c’est ça, dit Pome.

– Dans ce cas, je vais vous y conduire, continua Samarkand, car ils sont partis sur une île. Une île en forme de lampe à huile, comme la lampe d’Aladin. On l’aperçoit parfois, juste là en face de la plage par beau temps. Venez, montez vite, je n’aime pas voler la nuit. »

Les enfants sautèrent dans le camion jaune par la porte arrière qui se referma aussitôt. Serge se mit aux commandes. À ses côtés s’assit une femme aux cheveux de feu et au regard doux. « Voici Sauca ma douce compagne, présenta Serge. Nous sommes l’équipe des 3 S : Sauca, Serge et Samarkand. »

Samarkand effectua un décollage parfait que de mémoire de Turcs l’on n’avait jamais vu sur la plage d’Anamour. Les flots bleus défilaient tranquillement sous les roues de Samarkand filant joyeusement vers cette île qui devait avoir quelque chose de magique se dit Léo, puisqu’elle ressemblait à la lampe d’Aladin.

« Mais, comment se fait-il que tu voles ? demanda Marius intrigué à Samarkand. Les camions ne volent pas.

– Quand j’avais ton âge, mon p’tit gars, j’étais tout foufou, se remémora Samarkand avec un sourire rêveur. Je ne savais pas que les camions ne volent pas. Comme j’ignorais que c’est impossible, alors je l’ai fait. Depuis, j’ai bien sûr appris que les camions ne volent pas, mais j’ai quand même décidé de continuer à voler. Les autres camions me regardent tous d’un drôle d’air, comme si j’étais un extra-terrestre. Ça me fait toujours bien rire. »

Le moteur se mit subitement à cafouiller en émettant d’étranges signaux de fumée : trois petits nuages, suivit de trois longs et ainsi de suite. Samarkand perdait déjà de l’altitude, mais Serge qui en avait vu d’autres enclencha tranquillement la manette du décafouilleur et Samarkand reprit son vol normal.

« Les êtres humains auraient aussi parfois besoin d’un bon décafouilleur, rigola Serge. Est-ce que vous prenez bien soin de votre santé, les enfants ? La santé est vraiment la seule véritable richesse que nous possédons ici-bas. Tout le reste n’est que futilité et ne sert qu’à se persuader que l’on vaut mieux que son voisin.

– Je repense à une parole du Dalaï-lama, songea Sauca tout haut, qui disait que les hommes perdent la santé pour gagner de l’argent et, après, dépensent cet argent pour récupérer la santé.

– Nous avons décidé de nous occuper de la santé de notre corps et notre esprit avant toute chose, ajouta Serge. Pour nous c’est yoga dès le lever du Soleil et que des nourritures saines pour le corps et l’esprit. Ah voilà ! Nous approchons de l’île. Attachez vos ceintures ! Nous allons bientôt atterrir. »

Les enfants cherchèrent aussitôt les ceintures, mais n’en trouvèrent pas.

« Ne cherchez pas, leur dit Samarkand en rigolant, mon maître aime bien plaisanter. Les ceintures, c’est bon pour les p’tits jeunots, pas pour les vieux baroudeurs dans mon genre. Maintenant, l’on a peur de tout, même de se tromper.

– Ceux qui ont trop peur de se tromper ne font jamais rien de leur vie, soupira Serge. Au fait, avez vous mis votre parachute les enfants ? »

Tout le monde se mit à rire tandis que Samarkand fit un atterrissage impeccable sur une belle plage dorée, bordée de bananiers.

« Terminus, tout le monde descend ! annonça Samarkand.

– Voilà, il vous faudra maintenant suivre cette plage, expliqua Sauca d’une voix douce. Vous rencontrerez alors une ligne mystérieuse qui vous guidera dans vos recherches.

– Bonne chance les enfants, leur dit Samarkand. Au fait, quand vous retournerez dans la vraie vie, il ne faudra pas oublier, quand il y en a, de toujours attacher votre ceinture ! C’est très important. Vous me promettez les enfants ?

– Merci beaucoup, chère équipe des 3 S, de nous avoir aidés. Continuons notre route maintenant, conclut Pome. »

Et ils se remirent en route…

Texte de papipolo et illustrations de mamivana
© Sillage de voyage, les contes – 2012


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8 responses

19 03 2012
chantal

coucou les vagabonds de la terre ,
comme d’habitude c’est très humain et un bel hommage à vos amis !
j’adore les aquarelles et celle de serge et sa compagne au volant est vraiment magnifique .
quel plaisir de lire vos contes dans ce monde de brutes .
profitez des vrais gens et régalez vous , heureusement qu’il reste des gens normaux !
prenez bien soin de vous et à bientôt .
je vous embrasse très fort .

21 03 2012
polo

Coucou Chantal,
merci pour tes commentaires qui nous vont toujours droit au cœur. Il ne reste que peu de gens normaux, c’est à dire avec des vrais valeurs, mais Sauca et Serge en sont sans conteste.
Bisous.

19 03 2012
Jess

Bonjour,
J’aime toujours vos contes, ils sont toujours biens. Encore plein d’inventions.
Bisous Papi et Mamie,
Léo

Salut,
Heureusement que vos paroles étaient fausses et que vous avez continué à nous écrire des contes. Ils sont toujours aussi biens et magiques. J’espère que vous allez bien et je vous fais de gros gros bisous. Vous me manquez
Pome

Coucou les parents,
Bravo pour cette belle histoire, dédicace à vos grands amis. Ce conte est très réussi. Bises à vous et aux portugais,
Jess

21 03 2012
polo

Coucou les enfants,
c’est toujours un grand plaisirs de savoir que nos petits contes illustrés vous plaisent. J’espère également qu’il y en aura beaucoup d’autres pour amuser les petits et les grands.
Bisous à tous.

20 03 2012
Any

bonsoir ou bonjour
J’aime bien ce petit camion jaune qui vole
et les aquarelles sont splendides
vraiment c’est un régal de vous lire
Bravo encore et re bravo
Bisous

21 03 2012
polo

Coucou Any,
merci pour tes commentaires et cela nous fait plaisir que tu te régales de ces quelques mots et images.
Oui ce petit camion est à l’image même de ses maitres.
On t’embrasse bien fort.

24 03 2012
poitevin

Bonjours,
Samarkand existe vraiment,c’est notre camion.
C’est Vana et Polo qui ont trouvé l’ensemble des 3″S »,que nous utilisons.
Vana et Polo sont des personnes formidables,riches d’agréables relations.
Vana et Polo savent comprendre le langage des yogis et l’adapter avec facilité à tous lecteurs,ce qui fait chaud au coeur.
Nous ne pouvons mettre de termes sur les aquarelles de Vana,sans faire offence à leur beauté.
Nous vous remercions pour tous les bienfaits dont vous ne cessez de nous combler.
Sauca au cheveux de feu et sergué le yogi

28 03 2012
polo

Chers 3 S,

Merci pour ces bien beaux commentaires qui nous touchent profondément. C’est toujours une grande joie de vous lire et ce le sera bien sûr encore plus lorsque nous nous retrouverons quelque part sur notre chemin de retour. Nous sommes également heureux de voir que vous avez pris plaisir en lisant ce petit conte.

Nous vous embrassons de tout notre cœur.
Les voyageurs un peu artistes.

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