Vivez vos rêves

Rencontre surprenante avec une Française qui vit ses rêves au bout du monde

Exilée au Nicaragua, un pays alors tout juste sorti d’une longue guerre civile, Sandrine Vezien, une Française animée par la motivation et l’ambition de faire de sa passion son quotidien, vit ses rêves depuis plus de vingt ans en venant en aide aux populations locales tout en favorisant l’écologie et la sauvegarde des animaux. Aujourd’hui, elle continue à s’investir totalement et n’hésite ni à innover ni à se remettre en cause, pour améliorer la vie des habitants.

Lors d’un reportage en Amérique Central, j’ai eu la chance de rencontrer une femme pour le moins hors du commun, dont l’exemple pourrait bien susciter quelques vocations. Voici une Française qui, un jour alors qu’elle gagnait convenablement sa vie en France, n’a pas hésité à tout quitter afin de vivre ses rêves. Plus de vingt ans après, c’est une femme tout à fait épanouie que j’ai rencontrée au Nicaragua ; elle continue à s’investir totalement, n’hésite pas à innover afin d’améliorer les conditions de vie de la population locale et vivre pleinement ses rêves. C’est un bel exemple vivant pour toute une génération qui se cherche, mais souhaite s’investir dans des projets concrets et gratifiants.

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Sandrine avec Benito le Père Noël et « El Viejo año », le pantin qui sera brulé dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier.

Très tôt, Sandrine Vezien a un gout très prononcé pour l’aventure, l’humanitaire et l’écologie, passions qui ne la quitteront plus jamais. À 22 ans, avec un ami, elle remporte un concours et obtient une bourse pour un projet humanitaire en Afrique. Le but est de rendre visite à des centres de soins et des dispensaires dans différents pays d’Afrique de l’Ouest et de vérifier de façon anonyme que les médicaments sont correctement acheminés et ne subissent pas de détournement. Avec un camion qu’ils avaient préparé pour l’occasion dans le Sud de la France, à Antibes, les voici partis sur les pistes africaines pendant plus d’un an.

La phrase « Vivez vos rêves », qu’elle répète parfois à ses élèves va finir par modifier totalement sa vie

De retour à Antibes, Sandrine donne des cours de français pour des multinationales implémentées à Sophia-Antipolis et pour de richissimes personnages, principalement de Monaco. La phrase « Vivez vos rêves », qu’elle répète parfois à ses élèves va finir par modifier totalement sa vie. Ayant économisé suffisamment pour vivre quelques-uns de ses rêves, Sandrine se lance dans l’humanitaire et l’écologie.

Elle arrive en 1993 au Nicaragua, pays fraichement sorti d’une longue et meurtrière guerre-civile, pour apporter un ordinateur à une ONG à La Rinconada, un petit village perdu dans les montagnes du nord du pays. Elle va y rester plusieurs années en œuvrant dans le milieu humanitaire et même y créer une école. Elle y rencontre notamment Estéban avec qui elle a deux enfants, Carlos et Mariana.

En 2001, nouveau basculement. Avec des amis français, elle décide de faire découvrir la mer à une vingtaine d’enfants pauvres des communautés paysannes du Nord du pays. Le propriétaire d’un terrain sur lequel se trouvent quelques bâtiments en ruines, dans un village de pêcheurs du nom de Las Peñitas, l’autorise à y camper avec les enfants. Elle tombe aussitôt amoureuse de l’endroit et décide d’acheter le terrain avec les ruines au doux et prometteur nom de « Barca de Oro ». L’endroit alors n’est pas du tout ouvert au tourisme ; il n’existe pas de route, pas d’eau courante, pas d’électricité. Qu’importe, elle décide de transformer les ruines en auberge. Elle conserve le nom « Barca de Oro » et au fil des ans, l’auberge commence à être connue. Elle y fait même construire plusieurs huttes biologiques, dans un espace en accord avec la nature. Elle se souvient des débuts difficiles où, parfois, elle ne vendait qu’un seul Coca dans la journée en tout et pour tout.

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La plage de Barca de Oro le soir

Aujourd’hui, l’auberge prospère allègrement et Sandrine essaie de s’impliquer de moins en moins dans la gestion, pour s’engager dans d’autres projets qui lui tiennent à cœur. C’est Xiomara, la sœur d’Estéban avec qui elle s’est d’ailleurs séparée, qui gère l’affaire. Tous les employés sont traités équitablement : ils sont correctement payés, possèdent une couverture sociale ce qui n’est généralement pas le cas dans la plupart des autres établissements du pays.

Les pratiques ancestrales à base de plantes locales font également partie du cursus médical

Sandrine n’a pas peur de se remettre constamment en question et de s’impliquer dans de nouvelles actions. Aujourd’hui, elle suit des cours de médecines naturelles qui, ici, s’enseignent en six ans. Au Nicaragua, les médecines naturelles sont reconnues par le corps médical et le gouvernement. Les pratiques ancestrales à base de plantes locales font également partie du cursus médical – une manière de ne pas être totalement tributaire des laboratoires. Elle utilise notamment le taray, une plante médicinale locale aux multiples vertus. Elle pratique, entre autres, le reiki, cette science japonaise consistant à canaliser l’énergie à l’aide des mains à des fins thérapeutiques. Contrairement aux pratiques indiennes similaires d’où il serait issu, le reiki ne demande pas de cheminement spirituel ou religieux. Elle pratique également l’acuponcture, l’électro-acuponcture et enseigne l’ashtanga yoga.

Sandrine est très impliquée dans des actions humanitaires. Elle donne des soins médicaux à la population du village pour une somme modique équivalant à environ 60 centimes d’euro la consultation et aimerait bien posséder un cabinet pour ne pas avoir à consulter chez elle. Son souhait est de former quelqu’un en médecine naturelle dans le village. Il y a par exemple des personnes qui possèdent de nombreuses compétences en phytothérapie, mais ne savent pas partager leur savoir ou ont peur de ne pas être pris au sérieux. Ce serait une bonne méthode, selon elle, pour ne pas perdre un beau savoir ancestral. Elle s’implique énormément dans le bienêtre des habitants, notamment les enfants. Elle distribue, par exemple, à quelques familles du village des filtres à eau en argile cuite fabriqués au Nicaragua afin d’éviter la prolifération de certaines maladies. Pendant les fêtes de Noël, Benito, un des employés du restaurant déguisé en père Noël va dans le village distribuer des caramelo aux enfants et des savonnettes aux plus grands.

 

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Dans un petit village de pêcheurs au nord du Nicaragua, chaque année pendant les fêtes de Noël, Benito joue au père Noël en distribuant des bonbons à tous les enfants. 

 

Elle est également assez fière de ses succès en microfinancement, toujours sans aucun intérêt. Elle aide ainsi plusieurs pêcheurs à acquérir leurs propres bateau et équipement de pêche, une femme à monter sa pulpería – petite épicerie, un autre à acheter son petit morceau de terrain… Elle a toujours été surprise par le sérieux dont les bénéficiaires font preuve pour les remboursements. Ils ont ainsi pu échapper aux mains impitoyables des usuriers prêtant ici à des taux exorbitants.

Sandrine a également démarré une ferme biologique d’un hectare et demie, qu’elle a appelée La Puntita, du nom de sa jument. La ferme abrite pour l’instant une vingtaine de poules qui fournissent des œufs, une vache qui fournit du lait, quelques porcs, quelques arbres fruitiers, le tout bien sûr totalement bios, utilisés notamment par le restaurant.

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Sandrine occupée à inspecter sa ferme bio

Sandrine est en train de faire forer un puits, car ici la sècheresse sévit furieusement et a promis de partager gracieusement l’eau de son puits avec un de ses voisins. Son grand projet est de faire de l’aquaponie, c’est-à-dire un écosystème où des plantes maraichères vivent en symbiose avec des poissons comestibles. L’eau circule en circuit fermé, alimentée par une pompe solaire, essentielle dans une région où l’eau douce y est rare et le soleil abondant. Un de ses buts est que cela serve de modèle aux habitants du village, car la production y est multipliée par huit à surface identique avec une économie en eau de 90%, le tout bien sûr obligatoirement bio.

Pendant la saison de pontes, des guetteurs à vélo surveillent inlassablement la plage d’une vingtaine de kilomètres de long.

Sandrine est fortement impliquée dans les actions écologiques de la région, comme la sauvegarde de la mangrove qui subit en permanence des déforestations pour le bois de cuisine et de construction. Régulièrement, Barca de Oro organise des séances de reboisement avec les visiteurs de passage, reboisement auquel j’ai eu la joie de participer, dans la vase jusqu’aux genoux. Elle a initié un projet, et y est toujours très impliquée, de sauvegarde des tortues marines dont les œufs sont systématiquement braconnés. Pendant la saison de pontes, des guetteurs à vélo surveillent inlassablement la plage d’une vingtaine de kilomètres de long. Aussitôt pondus, les œufs sont recueillis et sauvegardés dans des sacs remplis de sable jusqu’à l’éclosion. À leur naissance, les bébés tortus sont relâchés la nuit, moment où il y a le moins de prédateurs. Le personnel est rémunéré par les visiteurs de la réserve qui s’acquittent d’un droit d’entrée.

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Séance de reboisement de la mangrove

En plus de la sauvegarde d’animaux sauvages, Sandrine et son auberge sont initiateur d’un programme de stérilisation de chiens de rue. Aujourd’hui, grâce également au bénévolat d’élèves de l’école de vétérinaire de León, c’est plus de 140 chiens qui ont jusqu’à présent pu être opérés. Cela a mis un frein à la prolifération incontrôlée des chiens et a également amélioré ainsi la santé canine en général dans le village de Las Peñitas. Avec des amis vétérinaires, elle est en train de monter une association appelée Ley 474 en acción, du nom d’une loi sur la protection des animaux, loi qui n’est aujourd’hui tout bonnement pas appliquée. Le but de cette association est de venir en aide aux animaux maltraités, surtout des chiens, des chats et aussi les chevaux qui tirent les charrettes.

La première chose est de ne jamais oublier de vivre ses rêves

À toutes celles et ceux qui aimeraient suivre son exemple et se jeter dans l’aventure, mais qui auraient peur de franchir le pas, voici quelques-uns de ses conseils. La première chose est de ne jamais oublier de vivre ses rêves ; cela ne veut pas nécessairement dire de tout quitter pour vivre une autre vie. Une fois que l’on a en tête ce que l’on veut faire et avant de vraiment s’engager, il est important de ne pas bruler les étapes en s’informant, par exemple, auprès des populations locales et de bien avoir une idée claire des possibilités de se que l’on peut faire et ne pas faire. Découvrir ses capacités, que l’on ne soupçonnait pas, est toujours motivant. Il faut donc se fier à son intuition, mais ne jamais s’emballer. Quoique l’on face, une chose importante, et à laquelle Sandrine attribut une grande partie de ses succès, est de toujours se faire accepter et de ne rien imposer de force ; ceci se fait par le respect mutuel et en étant en accord avec la population locale, avec la nature et avec soi-même. Pour ma part, j’ajouterai « c’est toujours le premier pas qui est difficile à faire ; les autres suivent tout naturellement » et je conclurai par « Les exemples vivants sont d’un autre pouvoir… ».

Il est toujours captivant de rencontrer une personne française établie à l’étranger et ayant accompli des choses peu communes. Mais, rencontrer quelqu’un d’exception si loin de chez soi et ayant plusieurs points en commun avec soi est toujours fascinant*. D’ailleurs, elle m’a donné rendez-vous le lendemain matin à 6 heures, pour une séance de jogging au lever du soleil dans le village et sur le bord de la plage suivi d’une séance de yoga. Rencontre et moments magiques.

Paul Correia © 2016

* Sandrine, tout comme moi, a vécu à Antibes dans le sud de France. Plus exactement, c’est une Normande qui s’est établie à Antibes dans sa jeunesse. Nous avons en commun un gout prononcé pour l’aventure et la rencontre des autres populations. Tout comme moi, elle est également très sensibilisée par les actions humanitaires et écologiques, les nourritures et médecines naturelles. Nous avons également des activités en commun comme l’ashtanga yoga et le jogging.

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