13. Hoder le Bédouin du Sinaï

Égypte, Sinaï – N28 51.656 E34 22.897Pavillon national de l'Egypte
11 mars 2011, 8:15:29

La Jeep Toyota BJ40 blanche d’un autre âge avançait gaiement en cahotant sur la piste rocailleuse écrasée de soleil. Arrivé à hauteur des enfants, de la portière sans vitre surgit la tête d’un homme basané. Il était affublé d’un immense chèche et d’un sourire jovial, non moins immense. En s’arrêtant de rouler, tout en roulant les H l’homme dit poliment :

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« Bonjour, les enfants, je suis Hoder… Hoder le Bédouin du Sinaï.

– Bonjour rHhhoder, firent les enfants contents de trouver quelqu’un dans ce désert qu’ils avaient entrepris de traverser.

– Que faites-vous là dans le désert, mes enfants ? s’étonna Hoder.

– Nous cherchons notre papi et notre mamie, expliqua Joao.

– Bien d’autres personnes ont erré de longues années dans ce désert à la recherche de quelque chose ou de quelqu’un. Mais dites-moi, comment sont vos grands-parents ?

– Ils sont venus dans un fourgon gris, répondit Léo.

– Depuis la France, ajouta Océane.

– Ah, oui, bien sûr. Votre papi s’est ensablé juste devant chez moi avec son fourgon. Vous avez de la chance d’être tombé sur moi. Venez, montez vite je vais vous montrer tout ça. »

Les enfants grimpèrent dans la benne de l’antique Jeep qui avait probablement jadis appartenu à Moïse lorsqu’il a traversé le Sinaï. L’on y avait fixé quelques planches branlantes faisant office de sièges. Un gros tas de couvertures était négligemment jeté au fond de la benne.

La jeep démarra et aussitôt du tas de couvertures, jaillirent quatre enfants joyeux de rencontrer d’autres enfants. C’est qu’il ne passe pas grand monde dans ce désert et encore moins des enfants. Tous ensembles, ils se mirent à jouer comme de vieux amis.

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Après un long moment à cahoter, le véhicule s’arrêta devant des maisons grises bâties de parpaings encore bruts. Des chèvres bêlantes broutaient ici et là quelques maigres herbes rares.

« Voilà ! dit Hoder tout en enfonçant un pied nu dans du sable mou. C’est là que vos grands-parents se sont ensablés avec leur fourgon. Ils ont totalement disparu pendant quatre jours dans le désert du Sinaï.

– Mais ! Qu’ont-ils fait pendant tout ce temps ? s’inquiéta Océane.

– Pendant ces quatre jours, nous sommes partis ensemble sillonner ce désert mystérieux autant que mystique, avec ma vénérable Jeep, mes cinq enfants et ma femme.

– Mais ! Ce n’est pas une Jeep, corrigea Léo en montrant le véhicule, c’est une Toyota.

– Ici, expliqua Hoder, tous les 4×4 s’appellent des Jeeps. Aller ! Venez vite. Allons explorer tous ces lieux magiques.»

Ils entassèrent dans la benne quelques bidons d’eau, des paniers de provisions et divers ustensiles de cuisine. Tous les enfants sautèrent joyeusement dans la benne, à l’exception de Youssef, le petit dernier, qui monta dans la cabine avec sa mère. La jeep s’élança sur des pistes caillouteuses et traversa ainsi des lieux insolites et surprenants. Les enfants furent plongés dans un étrange sentiment mêlé de début et de fin de monde.

Hoder4_webAu pied d’une dune, cette joyeuse troupe s’arrêta enfin. Tout le monde sauta à terre pour se dégourdir les jambes. Les enfants se mirent aussitôt en quête de bois, tandis que la mère rassembla trois grosses pierres plates, y posa délicatement une théière noircie et commença la cérémonie du thé.

Le thé servi, Hoder sortit une boite de dattes. Elles étaient belles, dorées et laissaient échapper une bonne odeur sucrée. Il prit également un gros pot de tahini, ce délicieux beurre de sésame au gout si fin. Il aspira bruyamment une longue gorgée de thé brulant, prit une datte qu’il trempa dans le tahini et porta voluptueusement le tout à ses lèvres. Il ferma les yeux de plaisir.

Les enfants éprouvèrent un étrange sentiment d’être là, si loin de tout, alors que cette famille semblait être dans une rassurante demeure. Marius demanda :

« Cela ne vous arrive-t-il pas parfois de tomber en panne dans le désert ?

– Oui, bien sûr, répondit tranquillement Hoder tout en continuant de savourer les dattes.

– Mais, comment faites-vous alors ?

– En panne dans le désert, commença Hoder songeur tout en se léchant les doigts, il n’est pas question de dire “On ne peut pas réparer, car on n’a pas de clef de 13. Cela équivaudrait à dire “On va mourir !”. Ici, la seule réponse acceptable est “On va réparer et repartir”. Bon, allez ! Mettons-nous en marche, nous avons encore énormément de choses à voir. »

L’ainé qui allait tranquillement vers ses dix ans, se mit au volant de la Jeep et s’éloigna rapidement avec sa mère à ses côtés, ses sœurs et ses frères. Les enfants hypnotisés par le nuage de poussière rouge qui s’éloignait, s’étonnèrent de voir un si jeune garçon au volant.

« Ici, pour pouvoir conduire un véhicule, rigola Hoder en voyant leur surprise, il suffit que les pieds arrivent bien aux pédales. Dans le désert, c’est la seule et unique condition. Allez, en marche maintenant. Allons explorer des lieux fabuleux. Mon fils nous récupèrera avec la Jeep de l’autre côté de cette montagne-là. »

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Ils explorèrent des canyons aux couleurs et aux formes incroyables, à grands bonds dévalèrent des cascades de sables semblables à des couloirs de neige, gravirent et descendirent des dunes impressionnantes, visitèrent une oasis perdue au milieu du désert, mais mentionnée dans la Bible, parcoururent des chemins à dos de dromadaire, tirèrent de l’eau de puits cachés… Dans ce désert envoûtant, ils ne seraient pas surpris de voir soudain surgir le Père Noël sur son traineau ou Blanche Neige suivie des sept nains. Après l’avoir parcouru seulement quelques jours, on comprend aisément que d’autres, après y avoir erré de longues années, aient pu y rencontrer Dieu en personne.

« Voilà mes enfants, dit Hoder avec un peu de nostalgie dans la voix, vos grands-parents ont mangé, bu le thé, dormi et vécu au milieu des Bédouins une expérience enrichissante et, m’ont-ils affirmé, absolument inoubliable.

– Nous aussi, nous avons été très touchés, assura Pome. Vous n’avez pas grand-chose, mais vous semblez tellement heureux dans votre désert.

– Nous sommes pauvres. Mais que voulez-vous ? Il faut bien des pauvres, dit Hoder résigné. Le gasoil est le carburant des jeeps, l’herbe le carburant des chameaux et le pauvre est le carburant des riches ; sans nous, ils ne pourraient tout simplement pas avancer. Ici, nous sommes dotés d’une grande richesse intérieure ; celle que nous procure l’immensité du désert.

– Nous devons maintenant partir pour retrouver le Sphinx, car nous avons une énigme à lui soumettre, dit Léo.

– Dans le désert, il y a toujours quelque chose pour vous indiquer le chemin. Continuez votre route vers ce tourbillon de poussière rouge que vous voyez là, affirma Hoder en montrant une direction. Suivez-le, il vous conduira au Sphinx.

– Merci beaucoup, cher Hoder de nous avoir aidés. Continuons notre route maintenant, conclut Pome. »

Et ils se remirent en route…

Texte de papipolo et illustrations de mamivana
© Sillage de voyage, les contes – 2013


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4 responses

4 10 2013
Any

SUPERBE , on est emporté dans le voyage et vos splendides photos du desert on resurgit de ma mémoire . Une envolée imaginaire bien réussi .
Les dessins sont toujours aussi Beaux .
Bises

8 10 2013
Sillage de Voyage

Any,
c’est toujours un énorme plaisir de lire tes commentaires. Merci. Ça fait vraiment du bien.
Gros bisous.
Polo

14 10 2013
Jess

Salut Papi et Mamie,
J’ai bien aimé votre texte. J’espère il y aura un autre conte bientôt. Avez-vous goûté vous aussi les dattes et le beurre doux ?
Bisous Léo

Enfin ! Nous avons trouvé cinq minutes pour lire ce superbe conte !! Bravo, une histoire riche en images car comme le dit Any, tous vos clichés du désert ont ressurgi de ma mémoire à la lecture du conte. Je vous embrasse fort. Prenez soin de vous et on attend le premier poste sur Madagascar avec impatience. Bises. Jess

16 10 2013
Sillage de Voyage

Merci mon Léo, nous sommes contents que tu ais aimé ce texte. Nous avons gouté les dattes et le beurre de sésame. C’est délicieux.
Oui, il y aura d’autres contes sitôt que Mamie a fini les images.

Merci Jess. Le premier poste sur Mada devrait arriver bientôt, mais comme on dit ici « mora-mora » (doucement-doucement).

Gros bisous à vous tous.

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